Pourquoi je n’adhère pas à « Mon soutien psy » ?

« A partir du 1er janvier 2025, vous pourrez consulter un psychologue gratuitement 1 fois par mois », « consultations gratuites avec un(e) psychologue », « 12 séances gratuites avec un(e) psychologue », « remboursement de séances chez le psychologue », « consultez un psychologue gratuitement » …
Autant de titres d’articles que vous avez pu croiser depuis quelques mois et, particulièrement en cette fin d’année 2024, où il était indiqué que des séances avec un(e) psychologue seraient gratuites à partir de ce début d’année 2025.
Ces articles parlent du dispositif Mon soutien psy, mis en place par le gouvernement en 2022 et qui s’appelait à l’origine MonPsy. Les conditions ont évolué au cours des années mais ce dispositif reste, selon la majorité des psychologues, impactant et maltraitant, autant pour les patients que pour les professionnels.
En l’état actuel des choses, la majorité des psychologues continuent de s’opposer à ce dispositif qui a été créé sans consultation des principaux professionnels de santé concernés.

Le dispositif Mon Soutien Psy : Qu’est-ce que c’est et pourquoi je n’y adhère pas

Tout d’abord, voici très brièvement les évolutions de ce dispositif depuis sa mise en place :

  • Le nom : MonPsy est devenu Mon soutien psy, un intitulé qui rendrait plus clair l’objectif de ce dispositif de permettre l’accès aux soins psychologiques
  • L’accès à ce dispositif : La prescription médicale n’est plus nécessaire pour prendre RDV avec un(e) psychologue partenaire du dispositif
  • Le nombre de séances : 8 séances à l’origine contre 12 aujourd’hui. La première séance est toujours une séance d’évaluation (j’y reviens un peu plus bas)
  • Le tarif et le temps des séances : 50€/séance sans limitation de temps aujourd’hui, contre 30€/séance pour 30min puis 60min auparavant.

Et voici, point par point, les différents arguments et explications du pourquoi je ne souhaite pas adhérer à ce dispositif, en l’état actuel, comme la majorité des psychologues :

Maltraitant pour le patient :

  • Non-respect du secret professionnel : des comptes-rendus des séances sont à réaliser et transmis au médecin traitant et à différents organismes (CPAM…) pour justifier la continuité de votre prise en charge
  • Accès au dispositif : L’accès au dispositif se fait par une séance d’évaluation qui était, auparavant, réalisée par le médecin généraliste et est maintenant réalisée par le/la psychologue. Cette séance sert à déterminer si oui ou non vous pouvez bénéficier de la prise en charge de vos séances chez un(e) psychologue. Cela peut donc grossièrement se résumer comme : une sélection des patients selon des critères de mal-être
  • Sélection des patients : ce que je résume comme des cases à respecter ou des critères de mal-être comme dit ci-dessus. Car non, tout le monde ne peut pas bénéficier de ce dispositif mais seulement les personnes présentant des « troubles légers à modérés ».
    Sont donc exclus de ce dispositif : les enfants de moins de 3 ans, les personnes présentant des troubles scolaires (exclusions répétées, comportements agressifs…), les personnes nécessitant une prise en charge ou en cours de prise en charge avec un(e) psychiatre, les personnes présentant des risques suicidaires, des troubles dépressifs ou anxieux sévères, des troubles du comportement alimentaire, des addictions (consommation excessive et incontrôlable de tabac, alcool, drogues, jeux…), des troubles neuro-développementaux, les personnes en ALD… Si je devais résumer grossièrement, ce dispositif semble exclure les personnes qui en auraient le plus besoin
  • Prise en charge limitée : un nombre de séances imposé et limité, à 12 séances par an, ce qui ne reflète absolument pas les besoins singuliers de chacun(e)s selon les problématiques rencontrées et le temps dont chacun a besoin pour travailler sur cela
  • Paperasse : A chaque fin de séance, vous devez régler celle-ci puis le psychologue vous transmettra une feuille de soin à envoyer à votre organisme d’assurance-maladie pour une prise en charge

Maltraitant pour le/la psychologue :

  • Déontologie bafouée : non-respect du secret professionnel, de la vie privée, de la confidentialité, de l’intégrité et des droits fondamentaux de la personne, ne pas pouvoir prendre en charge tout patient et toute problématique, sans discrimination, ne pas pouvoir respecter le temps dont chaque personne a besoin pour travailler sur elle (car un travail sur soi n’est pas quelque chose de quantifiable en terme de temps)
  • « Le respect de la personne dans sa dimension psychique est un droit inaliénable. Sa reconnaissance fonde l’action des psychologues »
  • Paperasse : feuille de soin à établir à la fin de chaque séance, comptes-rendus à rédiger et à transmettre, ce qui fait du temps de travail en plus, non rémunéré et qui, comme mentionné au-dessus, va à l’encontre du respect de notre code de déontologie
  • Paramédicalisation et précarisation du métier: soin devenant protocolaire, entraînant une perte d’autonomie et de liberté de choix dans la pratique et les outils ; soumission à un nombre de séances imposé, ce qui ne permet plus de prendre en compte les besoins spécifiques de chaque personne. Santé mentale et rendement ne sont pas compatibles
  • Rémunération qui ne correspond pas à la réalité de l’activité libérale : charges professionnelles, formations, responsabilités, niveau d’études…

Conclusion


Je ne suis pas contre le remboursement des séances chez un(e) psychologue mais contre ce dispositif mis en place qui ne respecte ni les patients, ni les professionnels.
Nous souhaitons, psychologues et organisations professionnelles, que les patients puissent accéder librement et sans contraintes (pas de sélection des problématiques ou troubles) aux psychologues, avec un remboursement décent et sans limitation des séances, pour que la prise en charge soit adaptée à chacun(e) et de qualité.